L’inositol, jumeau du glucose à l’action anti-diabétique

Inositol ? Dans les articles de vulgarisation sur la santé et la nutrition, il se fait plutôt discret. On entend beaucoup plus parler du microbiote, des omégas-3, des vitamines, des antioxydants…


Pourtant l’inositol est un élément important de notre nutrition. Comme d’autres éléments nutritifs de notre corps (lipides, vitamines, acides aminés…), il est à la fois synthétisé par nos cellules et apporté par notre alimentation.

Qu’est-ce que l’inositol ?

La structure de l’inositol, représentée ici, est très proche de celle du glucose. 
Notre corps est capable de produire jusqu’à 4 g par jour d’inositol… Toutes les cellules du corps contiennent de l’inositol.

L’alimentation peut ainsi apporter jusqu’à 1,5 g d’inositol par jour, en fonction de son alimentation.

Dans les végétaux, l’inositol est présent dans certains fruits (agrumes) ainsi que les céréales complètes, les légumineuses (lentilles, haricots secs, fèves, pois chiche, pois cassés), les graines et les fruits à coque.
Dans ces végétaux, l’inositol se trouve sous la forme de phytates.

bocaux de légumineuses

Phytates… Là oui, on connait les phytates. Habituellement on leur fait plutôt la guerre en tentant de les éliminer le plus possible par trempage, germination et fermentation, pour des raisons anti-nutritionnelles. Pourtant les phytates ont démontré des effets bénéfiques dans la prévention de nombreuses pathologies digestives, cardiovasculaires, neurodégénératives et cancéreuses.

L’inositol entre également dans la composition des lipides qui constituent les membranes cellulaires, et plus particulièrement dans la composition de phospholipides membranaires. Lait maternel, abats et viandes sont ainsi également riches en inositol.

L’inositol, sous forme de phytates ou de lipides membranaires, possède des propriétés intéressantes pour notre santé.

Quel est le rôle de l’inositol ?

En parallèle de son rôle structural des membranes, l’inositol joue un rôle de second messager. En effet, suite à la fixation d’une molécule messagère (comme une hormone) sur son récepteur situé à la surface d’une membrane cellulaire, l’inositol est libéré de son phospholipide et enclenche une cascade de réactions biochimiques à l’intérieur même de la cellule.

Ces réactions en chaîne ont pour but d’agir sur le fonctionnement de la cellule et du corps : réactions enzymatiques, prolifération des cellules, synthèse de protéines…

Au niveau métabolique, l’inositol aurait un rôle anti-diabétique essentiel en exerçant un effet à la fois sur l’insuline et sur le métabolisme du glucose, réduisant ainsi les niveaux de glycémie et d’insuline.

Les études montrent que l’action de l’inositol est perturbée chez les personnes résistantes à l’insuline ou diabétiques.
L’intérêt des aliments riches en fibres dans la prévention de maladies chroniques comme le diabète ou les maladies cardiovasculaires résiderait dans la présence de composés protecteurs comme l’inositol.

Les études montrent également que seules les fibres riches en phytates présentent des effets positifs contre les troubles métaboliques et les cancers colo-rectaux.

Comment pourrions-nous être en déficit d’inositol ?

Un déficit en inositol se produirait quand plusieurs mécanismes sont impliqués : apport alimentaire limité, absorption intestinale et synthèse inhibées, élimination augmentée.
En cas d’alimentation pauvre en fibres et riche en sucre, ces circonstances sont réunies pour induire ce déficit en inositol.
La littérature montre comment des modifications de sa disponibilité et de sa biosynthèse conduisent à un déficit cellulaire en inositol et comment ce déficit pourrait impacter notre santé, et notamment participer à une résistance à l’insuline, c’est-à-dire à un prédiabète.

Revue des principales conclusions sur le rôle de l’inositol dans la résistance à l’insuline

  • L’excès de glucose par l’alimentation inhibe l’absorption intestinale de l’inositol alimentaire par compétition, en raison de leur structure similaire
  • L’excès de glucose inhibe l’entrée de l’inositol dans toutes les cellules, en général.
  • Inversement la présence d’inositol inhibe l’absorption intestinale de glucose et limite l’augmentation de la glycémie
  • Cette compétition s’observe dans tout le corps : cellules adipeuses, cellules du foie, cellules nerveuses…
  • L’excès de glucose induit également la dégradation de l’inositol, l’inhibition de sa synthèse et son excrétion urinaire
  • Le déficit nutritionnel en inositol proviendrait d’une diminution d’apport en aliments riches en inositol
  • Plus céréales et légumineuses sont riches en phytates, plus leur index glycémique est bas : la présence de phytates inhibe l’absorption du glucose
  • L’acide phytique ne serait plus ce composé antinutritionnel que l’on croyait, en fixant des sels minéraux et diminuant ainsi leur biodisponibilité : ce serait réellement le cas lorsqu’une quantité importante de phytates serait consommée en même temps qu’une alimentation pauvre en minéraux
  • Trempage et germination permettraient d’éliminer « inutilement » les phytates
  • L’épuisement cellulaire en inositol est un facteur d’aggravation de la résistance à l’insuline et du diabète

Ces données sur l’inositol montrent comment, dans un monde parfait, l’effet domino d’un bon équilibre alimentaire induit, au cœur des cellules, des conséquences positives sur notre santé… Et comment un excès induit un effet domino inverse…

Notre santé est liée à une alimentation saine, peu raffinée, en limitant les déséquilibres.
Les aliments n’ont pas livré tout leur secret et notre interaction avec eux non plus. Encore une fois notre alimentation est notre première médecine.

Sources
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